Les titrisations et les CLO offrent une sécurité sur des marchés du crédit instables
Malgré les incertitudes géopolitiques, la volatilité des taux d'intérêt et les pressions sectorielles, les spreads sur les titrisations restent relativement stables, grâce à la diversification, aux durées courtes et à la protection structurelle. Les titrisations bénéficient d'une large diversification et de taux d'intérêt variables, ce qui limite les pertes et réduit la sensibilité aux taux d'intérêt par rapport à d'autres segments des marchés du crédit. Les bases sont donc solides, mais les disparités entre les secteurs s'accentuent. Cela rend la gestion active, la sélection rigoureuse et l'analyse ascendante plus importantes.
Alors que les tensions géopolitiques et les fluctuations des taux d'intérêt pèsent sur les marchés financiers, les titrisations et les CLO se révèlent étonnamment résistantes. La diversification, la protection structurelle et la gestion active font que cette catégorie d'actifs est moins sensible aux chocs que de nombreux autres segments des marchés du crédit.
Au-delà du bruit géopolitique
Le marché des titres de créance titrisés a relativement bien résisté à un début d'année marqué par la volatilité. Malgré la montée des tensions géopolitiques, l'évolution des anticipations de taux d'intérêt et les pressions sectorielles, la réévaluation des spreads s'est déroulée de manière ordonnée. La forte demande des investisseurs et la bonne tenue technique du marché ont tempéré les fluctuations.
Alors que les marchés de risque au sens large ont connu de fortes fluctuations, les pertes sur les titrisations sont restées limitées. Cela s'explique par le fait que ces placements sont moins influencés par les évolutions macroéconomiques ou géopolitiques et dépendent davantage de la performance des prêts sous-jacents et des consommateurs.
L'exposition aux logiciels ne présente pas de risque systémique
Les risques sectoriels s'avèrent également gérables. Ainsi, environ 10 % du marché européen des CLO est exposé au secteur des logiciels, mais seule une petite partie de cette exposition concerne les segments récemment sous pression. Il est important de noter que les gestionnaires de CLO gèrent activement la composition de leurs portefeuilles. Les risques sont répartis et les positions ajustées si nécessaire. L'exposition aux sous-secteurs vulnérables reste ainsi limitée et maîtrisée.
Les centres de données profitent de la vague de l'IA
Dans le domaine des titrisations, un thème se détache particulièrement : la croissance des centres de données, portée par l'essor rapide de l'IA. Ces actifs se caractérisent par des contrats à long terme, des locataires solvables et des flux de trésorerie très prévisibles. Contrairement à l'immobilier traditionnel, le risque opérationnel repose en grande partie sur le locataire, tandis que les structures contractuelles offrent une protection supplémentaire. En Europe, l'offre est par ailleurs rare, ce qui se traduit par des valorisations relatives attractives et des revenus stables.
Reprise ordonnée des prix
La volatilité récente a certes entraîné un léger élargissement des spreads, mais sans perturber le marché. Après une reprise temporaire des émissions, l'équilibre entre l'offre et la demande s'est stabilisé et les spreads sont revenus, pour l'essentiel, à leurs niveaux antérieurs. Cette évolution reflète principalement des facteurs techniques et une réévaluation des risques, et non une détérioration des fondamentaux.
Des bases solides sous le capot
La qualité des prêts sous-jacents s'est améliorée ces dernières années. Suite aux hausses des taux d'intérêt de 2022-2023, les prêteurs ont renforcé leurs critères d'acceptation, ce qui a permis de constituer des portefeuilles plus solides, en particulier pour les émissions récentes. Bien que les retards de paiement augmentent légèrement dans certains segments, ils restent conformes aux prévisions. Au sein des CLO également, les niveaux de risque restent gérables, en partie grâce à des mécanismes de protection intégrés.
Moins sensible aux taux d'intérêt
L'un des principaux avantages des titrisations réside dans leur durée relativement courte et leur taux d'intérêt variable. De nombreux instruments ont une durée de spread de trois à cinq ans et bénéficient de taux de référence plus élevés. Ils sont donc moins exposés aux pertes de rendement liées aux taux d'intérêt que les obligations traditionnelles. Dans un contexte où l'évolution des taux d'intérêt reste incertaine, cela offre un profil de revenu plus stable.
Une volatilité plus supportable
La volatilité des titrisations est en outre d'une nature différente de celle observée, par exemple, sur le marché des prêts à effet de levier. Si les prêts individuels peuvent connaître des fluctuations importantes, cet effet est largement atténué au sein de portefeuilles de CLO largement diversifiés. Les tranches les mieux notées, en particulier, restent ainsi relativement stables. La gestion active joue ici un rôle crucial : en intervenant à temps et en ajustant les portefeuilles, il est possible de limiter les risques.

La réglementation stimule la demande
La réglementation européenne apporte un élan supplémentaire. Les modifications apportées au cadre Solvabilité II réduisent les exigences de fonds propres pour certaines titrisations, ce qui les rend plus attractives pour les assureurs. Cela élargit la base d'investisseurs et pourrait, à terme, renforcer davantage la structure du marché.
Conclusion : un pilier solide à une époque d'incertitude
Les récentes évolutions du marché soulignent le rôle des titrisations en tant que composante stable des portefeuilles obligataires. La combinaison de la diversification, de la protection structurelle et de la gestion active rend cette catégorie moins sensible aux chocs qu'on ne le suppose souvent.
Dans un contexte d'incertitude persistante concernant la croissance, l'inflation et les politiques économiques, les titrisations offrent une combinaison rare de revenus stables et de maîtrise des risques. Pour les investisseurs à la recherche de rendements défensifs au sein des titres à revenu fixe, cette classe d'actifs reste donc un choix convaincant.
Pour en savoir plus, consultez l'article « Securitised and CLOs: Resilience, diversification and the case for active » de John Kerschner, responsable mondial des produits titrisés, et Ian Bettney, gestionnaire de portefeuille, chez Janus Henderson.
Serge Vanbockryck